PRESENTATION DU PROJET D’ECOLE OUVERTE
« Et pour nous tous « Frères humains », il y a cette évidence
également aveuglante : qu’une langue unique s’impose
un jour à tous, et il n’y aura réellement plus aucune langue,
plus aucune culture, plus aucune humanité . (…)
Car une langue n’est pas seulement un systéme de signes,
c’est un systéme de valeurs ; et ce n’est pas seulement une vision du monde,
c’est une production de monde. »
L’Ecole Markarian-Papazian comptent parmi ses élèves des enfants qui sont en contact de manière différente avec la langue arménienne :
1- Les enfants qui sont en contact naturel avec la langue arménienne, au quotidien dans le cercle familial et élargi, où au moins un parent utilise systématiquement l’arménien comme langue de communication avec l’enfant.
Il peut s’agir de
a) la langue arménienne occidentale
b) la langue arménienne orientale
c) les deux langues, occidentale et orientale
Ces enfants se retrouvent parfois, le temps de vacances, dans un contexte naturel en langue arménienne dans le premier pays d’origine de leur famille(Syrie. Liban, Turquie pour l’arménien occidental, ou Arménie et Iran pour l’arménien oriental).
2 – Les enfants qui ne sont pas en contact naturel avec la langue arménienne au quotidien dans leur cercle familial.
Dans tous les cas, les enfants et leurs familles sont intégrés dans une société (française) monolingue qui ne prévoit pas de structure pour créer un espace vital bilingue.
Seule l’école elle-même peut devenir cet espace vital pour exposer les enfants à la langue au quotidien.
Si elle ne parvient pas à cet objectif l’arménien sera envisagée par l’enfant comme une langue morte.
Ce projet Ecole Ouverte plaide pour le bilinguisme dans un cadre extra-scolaire.
Il vise à exposer l’enfant dans un contexte naturel et créatif quotidien.
Il propose des occasions de jeux, de plaisir, de création, en situation d’immersion totale en langue arménienne.
« C'est un impératif pour toute langue vivante. L'acquisition d'une langue indifféremment de l'âge de l'apprenant n'est jamais un processus exclusivement intellectuel. Cet apprentissage sollicite la totalité de la personne : son affectivité, sa psychomotricité à différents niveaux (perception, phonation, automatismes morphosyntaxiques…) et son intellect. Une langue se vit dans la globalité de l'individu.
La qualité d'un apprentissage dépend de son intensité et de sa régularité, ce qui nécessite un environnement favorable. Les motivations ne sont pas purement linguistiques. Pour cela, il faut des modèles ou des incitations, du milieu familial, social, de l'environnement scolaire. »
Ce projet constitue une expérience qui, je l’espère, pourrait nous conduire à revisiter la vision du biliguisme à l’école Markarian-Papazian.
Une approche bilingue
Les linguistes s’accordent à dire que l’enfant acquiert sa première langue jusqu’à l’âge de trois ans.
Mais cette première langue peut être plurielle si l’enfant est exposé à plus d’une langue au qoutidien pendant ses trois premières années.
Ainsi toutes les langues acquises par l’enfant avant l’âge de trois ans font partie de la langue première.
Jusqu’’a l’âge de 7 ans le cerveau de l’enfant a encore une plasticité et une ouverture phénoménale à l’apprentissage des langues.
Tout apprentissage plus tardif se situera dans le cadre de l’apprentissage de langues étrangères.
Entre autres bénéfices, les études de l’Education Nationale montrent que l’enfant bilingue a une meilleure maîtrise du français et bénéficie d’une meilleure disposition pour les autres langues.
Ainsi le projet Ecole Ouverte a l’ambition d’offrir aux enfants une situation d’immersion totale, utilisant toutes les stratégies actives possibles de l’enseignement de langue arménienne en tant que langue seconde, en milieu naturel, et pour toutes catégories du niveau de langue au départ.
Nous souhaitons créer une micro-société arménophone , où l’unique but du jeu est de faire sentir à l’enfant qu’il est une membre à part entière de cette micro-société.
Notons que, pour l’enfant primo-arrivant qui est placé dans un milieu bilingue, telle un école bilingue par exemple, le passage à la deuxième langue, à la deuxième culture se fera plus en douceur et sera moins traumatisant.
« L'indifférence de l'institution scolaire aux acquis linguistiques antérieurs crée une déstabilisation affective et cognitive profonde pour l'enfant primo-arrivant.
L'interdiction des références à la langue maternelle n'est pas productive, puisque c'est en s'exerçant à comparer les différences formelles entre sa langue d'origine et le français que l'enfant acquiert les structures de la langue d'accueil. Les enseignants doivent s'appuyer sur ces langues maternelles, même s'ils ne peuvent les enseigner. »
Une approche transdisciplinaire a donc naturellement été choisie.
« L'enseignement de l'histoire ou d'une autre discipline en langue étrangère n'apporte pas seulement des connaissances, mais renforce la maîtrise de la langue vivante. Je réfuterai l'appellation officielle de "discipline non linguistique" (DNL) ; si l'Éducation nationale a décidé d'enseigner l'histoire ou la géographie en allemand, ce n'est pas parce que l'histoire n'est "pas linguistique", mais au contraire pour renforcer la langue par une utilisation intellectuelle de celle-ci.
Cette conception (des DNL) établit une séparation réductrice entre langue et contenu. La dénomination d' "utilisation transdisciplinaire de la langue" (UTL) est préférable. »
Ainsi les enfants pourront aborder la danse, la musique, les arts plastiques, le théâtre, ou encore les sciences en arménien.
Des matières ludiques et artistiques ont été privilégiées puisqu’il s’agit d’un programme dans le cadre périscolaire.
Le bilinguisme favorise-t-il l’intégration ? Gilbert DALGALIAN
Actes du colloque - L'intégration des nouveaux arrivants : quelle mission pour l'École ? 25-28 octobre 2004
Le bilinguisme favorise-t-il l’intégration ? Gilbert DALGALIAN
Actes du colloque - L'intégration des nouveaux arrivants : quelle mission pour l'École ? 25-28 octobre 2004